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Hellfest 2022, part. 2 : 4 jours à fond (1/2)

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Pour ce retour après trois ans, on a pu passer les 4 jours de la deuxième partie de ce Hellfest 2022. 4 jours assez sportifs : entre bières et groupes, entre déjà-vus et découvertes, on a pas eu trop de le temps de s’ennuyer. On va déjà vous parler de la programmation des 2 premiers jours et de l’évolution du Hellfest, de plus en plus notable d’années en années. Cet article fait partie d’une suite de 2 articles à paraitre prochainement.

Comme tous les ans, beaucoup de concerts sont à revoir en super qualité sur Arte Concerts (avec des ajouts réguliers en ce moment).

Hellcity, retour aux affaires

Les nouveautés

À la base : soutifs, caleçons, bouteilles de Jack, entre autres.

Déjà, il faut saluer la performance niveau organisation : quelques annulations (dont Katatonia 😢), qui s’excusent dans le contexte actuel, mais pas de retard (à ma connaissance) à déplorer, et peu d’incidents techniques (probablement dus à la pluie du vendredi j’imagine). Les groupes se sont enchaînés et les horaires se sont maintenus.

Ensuite, les bénévoles qui ont enchaînés les 2 fest : pour avoir discuté avec quelques uns qui étaient sur les 2 semaines, l’expérience n’a pas dû être la plus simple physiquement. Je pense que le dimanche soir devait arriver comme une délivrance.

De mon côté, une arrivée en douceur, avec la visite du site et ses nouveautés : depuis l’édition de 2019, le site s’est refait une petite beauté : nouvelles statues, dont le nouveau Lemmy, avec son ancien autel votif récupéré (contenant également une partie de ses cendres et une statue encore plus haute) et l’horloge. Concernant les nouveautés, il faut aussi noter l’app Hellfest Watch, pour signaler les comportements de merde qui pourraient arriver (je suis curieux de connaître les remontées de cette app, mais je ne trouve pas d’infos pour le moment).

Jeudi

Arrivée en douceur aussi côté musique, avec les norvégiens de Slomosa, que j’avais écouté brièvement avant de venir et qui m’a vraiment scotché. Super mise en bouche, pour y aller progressivement dans la guitare saturée. Petite pause devant Steve Vai qui me fait me rappeler pourquoi je suis pas fan de Steve Vai. Il faut tout de même noter le featuring ensuite qu’il fait avec Whitesnake, même si j’aime ni l’un ni l’autre de ces groupes, c’était quand même un bon moment à voir.

Septicflesh – Hellfest 2022

2 choses que j’attendais de cette journée, c’était surtout Septicflesh et Rise against et ni l’un ni l’autre ne m’ont déçu. 2 performances à voir, dans des styles radicalement différents mais dans les 2 cas : un public déjà acquis à la cause, des refrains partagés avec le public.

On finit la journée à la Valley, avec Jerry Cantrell. Grosse surprise, dans la mesure où je pensais qu’il jouerait ses albums solo, mais au final, la moitié du set provenait des albums dAlice in Chains et c’était bien cool😊

Vendredi

Début de journée avec Danko Jones. Pour moi ça a été une super découverte : ça fait plaisir de voir un groupe de rock. Parce que c’est ça Danko Jones : de la patate en live, le trio canadien arrive à faire du hard rock « moderne ». Puis Dragonforce, un petit plaisir coupable pour ma part à la base, qui s’est révélé un très bon concert, surtout si vous aimez les guitar heros (sans mauvais jeu de mot) et les confettis rose et bleus, avec Hermann Lee qui pète sa guitare en deux à la fin du concert, et qui semblait assez dépité. Après être resté un peu pour Ihsahn, on se place correctement pour Millencolin (oui, niveau éclectisme, on fait pas semblant). J’avais peur de les voir, vu que c’est un groupe que j’ai beaucoup écouté quand j’étais ado, mais je suis pas du tout déçu : toujours la pêche, le show est nickel, et même s’il commençait à pleuvoir bien comme il faut, on reste jusqu’à la fin du set, avec un petit No Cigar qui fait plaisir.

Dragonforce sous une pluie de confettis – Hellfest 2022

La pluie n’en finit pas, mais il était hors de question pour moi de louper Ministry pour 2-3 gouttes. Al Jourgenssen a vieilli, on va pas se mentir, il est marqué physiquement, mais est toujours à fond, toujours aussi engagé et bourré d’énergie : il vit pour sa musique et ça se voit. Tout le monde est trempé, des torrents d’eau circulent entre les mainstages, mais tout le monde reste quand même. Un tour dans la Valley nous fait nous rendre compte de l’état du sol : complètement détrempé partout, y compris sous la Valley. D’ailleurs, même si le soleil est revenu les jours suivants, le sol restera détrempé jusqu’à la fin du festival. Bizarrement, je ne me rappelle pas avoir vu de bataille de boue cette année.

Je suis pas un grand grand fan de Nine Inch Nails, je vais pas dire le contraire. Mais je voulais voir, quitte à me tremper la couenne, pour leur première apparition au Hellfest. Un show hypnotique mais tout en sobriété (vidéo noir et blanc, un fond de scène créé par les ombrages du groupe), qui m’a vraiment scotché. À noter également le featuring avec le groupe Health (qui passaient plus tôt dans la journée), une bonne claque. Pour avoir vu quelques vidéos tourner, aucune ne rend vraiment grâce à la performance de NIN ce soir là.

Enfin Megadeth. Ça fait plusieurs fois maintenant que je vois Megadeth, et ça me parle toujours autant. Avec une ouverture sur Hangar 18, comment ça ne pourrait pas aller de toute façon ? Ceci dit, Dave Mustaine n’a pas l’air en forme du tout, en espérant que ce soit pas dû à ses problèmes de santé récents.

Un Coachella métal ?

Avant de revenir sur la suite de la prog dans un autre article, je pense qu’à côté de la programmation béton, l’autre aspect que je retiens de cette année c’est le côté ultra médiatisé du festival et particulièrement au niveau individuel. Pour moi le Hellfest est un festival grand public depuis pas mal d’années et ce n’est un secret pour personne, mais cette année, j’ai surtout ressenti le côté réseaux sociaux à tous les étages, des pissotières jusque sur les scènes (les groupes qui se prennent en photo devant le public pour Instagram).

Ce mix grand public / scène métal n’est pas nouveau au Hellfest, au niveau programmation, on a quelque chose d’assez éclectique, et j’en suis le premier content. Et d’un autre côté, on a des influenceurs et influenceuses, qui font des slams et le commente en direct, des gens qui vont tweeter ce qui se passe aux toilettes, ou se plaignent de tel ou tel accoutrement d’un gars du public sur Twitter (parce que quand quelque chose ne vous convient pas, le plus simple c’est de le dire sur Twitter, et pas à la personne concernée).

Metalhead

Je n’ai rien contre le fait que Carole Quintaine soit invitée au Hellfest et s’y amuse, tant mieux pour elle. Ce n’est qu’un exemple de cette surmédiatisation (d’ailleurs, sa venue semble être au cœur d’une polémique dénuée de sens sur Youtube).

Pour moi, dans un festival de métal, ça peut poser quelques soucis. D’un côté on a des gens qui sont habitués à une certaine imagerie, une certaine esthétique (graphique et musicale) et de ce fait qui partagent des références communes, et de l’autre, des gens qui ne les connaissent pas, et qui peuvent y voir un sujet d’offense, de débat ou de moquerie. Un exemple (et pas des moindres) : vous pouvez entendre des éloges de certains albums de Burzum à certains moment. Si vous n’avez jamais écouté et que vous cherchez Burzum sur Google, ça peut faire bizarre d’entendre des éloges au sujet de la musique d’un mec comme ça, et vous pourrez vous faire de fausses idées sur la personne qui a pu en parler (surtout si vous n’en discutez pas avec lui). Mais c’est une scène de musiques extrêmes, composée et marquée par des gens qui sont / ont été, tout ou partie de leur vie, extrême pour des raisons très diverses et qui ont fait de la scène métal ce qu’elle est aujourd’hui.

C’est aussi pour ça que cette scène est devenue ce qu’elle est, et j’ai peur de me dire que cette surmédiatisation via les réseaux sociaux va créer une espèce de flicage à tous les niveaux, qui a pour seul but de montrer les aspects excessifs des groupes ou du public.

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« Montrez que vous êtes au Hellfest, montrez les gens bourrés, et les groupes satan-la-mort, c’est fun ! » C’est pas nouveau, Quotidien en fait un marronnier depuis 10 ans. Mais, pour reprendre mon exemple, est-ce qu’il sera encore possible de parler de Burzum en attendant un concert de black métal au Hellfest ?

J’ai l’impression que le seul résultat de tout ça, c’est que ça va lisser les choses (ou que les metalleux vont retourner dans les festivals de métal, parce qu’ils en auront marre de faire partie des attractions d’un festival) : on aurait quelque chose de plus convenu aussi bien au niveau musique que dans le public, qui conviendrait à plus de gens certainement, mais, dans la mesure où cette scène n’est pas une scène conventionnelle par définition, je suis pas sûr qu’elle s’en trouve améliorée.

Et malgré tout, c’est normal que le grand public (et des influenceurs, invités par Playstation – pour ne citer que cette marque), veuillent assister à des concerts :

  • que personne d’autre ne peut organiser correctement
  • en sécurité (enfin c’est mon avis, mais après avoir vu la marée humaine à Metallica et me dire qu’il n’y a pas eu d’incident, c’est quand même une prouesse je trouve)
  • avec un confort quand même pas dégueu (par rapport à d’autres festivals, croyez-moi, niveau boisson, nourriture, espace dispo, c’est pas la même)
  • se marrer

Et que des gens veuillent partager un maximum de leurs expériences sur le sujet. Loin de moi l’idée de jeter la pierre à qui que ce soit, c’est probablement l’évolution normale des choses et un équilibre que le Hellfest arrive encore à garder depuis pas mal d’années.

Un Coachella du métal ? J’exagère, on en est pas là, mais je m’interroge quand même sur la tournure que ça va prendre lors des prochaines éditions : à inviter des influenceurs parce que ce sont des influenceurs, ça va canaliser les foules vers certains points d’intérêts, faire monter la hype vers certains groupes en occultant complètement les autres (comme pouvait le ressentir Tobias Forge à Coachella justement).

La suite de notre report va être publiée rapidement et on essaiera d’être moins polémique (enfin sauf si vous êtes fan de Metallica 😱).


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Enguerran a aidé Pierre à lancer Jack 3.5mm et y contribue régulièrement, en publiant des chroniques d'albums, du test de matos et gère toute la machinerie du site. A côté de ça, il est designer et développeur web indépendant.

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